Danielle JACQUI

Née le 1 janvier 1934 à Nice

 

...Danielle Jacqui est une créatrice infatigable. Son art, parti d'un style naïf proche du folklore slave, rejoint l'art brut par son accumulation foisonnante de motifs improvisés, l'intégration constante d'objets de récupération et sa tendance à déborder les frontières dans une éruption d'expression totale: dessin, écriture, broderie, céramique et peinture, sculpture ou assemblage, ornementation  du vêtement et du mobilier. C'est aussi un travail essentiellement féminin, et qu'elle revendique comme tel, par son utilisation volontaire d'éléments de parure aux limites du clinquant et de la pacotille (couleurs vernissées, dorures, argent, boutons et perles, bijoux, paillettes, spray multicolores) : une véritable joaillerie murale dont l'essentiel provient d'un fond d'atelier de couturière.

Comme le palais du Facteur Cheval, ou l'univers  de Wölfli, l'oeuvre de Danielle Jacqui fonctionne comme continuum dont il est difficile de détacher une partie: l'ensemble y a souvent plus de force que le détail, par l'effet de prolifération, la performance technique et l'invention sans cesse renouvelée. Depuis 1990 "celle qui peint" est l'organisatrice à Roquevaire d'une Biennale d'Art Singulier destinée à promouvoir la création de ses amis artistes. Elle édite également un bulletin un bulletin confidentiel, chronique de son monde intérieur réservée à quelques initiés.

Extraits de la notice consacrée à Danielle Jacqui qui a été publiée dans le catalogue de l'Exposition "Art Brut et compagnie" à la Halle Saint-Pierre à Paris en 1995.

 

Nombreuses exposition.. et présente notamment, au Musée de la Création Franche à Bègles, au Musée international d'Art naïf à Nice, et à la Fabuloserie à Dicy.

 

La Maison de Celle-Qui-Peint

"La Maison de Celle qui Peint"

SITE : IMPASSE DES PAS PERDUS

 

A voir absolument :

"UN JOUR EN AVRIL AVEC DANIELLE JACQUI"

 


 

LES OEUVRES

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JACQUI Poupée 1990 31,5 x 24

 

POUPEE - 15 mai 1990

Technique mixte et rehauts de paillettes sur papier - 31,5 x 24

 

JACQUI 1970 50 x 65

ALFRED GUERA ET SON EPOUSE DANS LEUR INTERIEUR JURASSIEN A CHAUSSIN - 1970

Gouache sur carton - 50 x 65

- Dans un long récit souvenir, Danielle Jacqui relate l'histoire d'Alfred Guera et de son épouse qui sont représentés dans cette gouache :

 

015 écrituries 2013-05-10
Mé-mère semblait vieille à la petite fille que j’étais en ce temps-là, parce que les adultes semblent toujours multiplier les proportions de la distance d’âge non mesurable entre eux-mêmes et les enfants. Plus, tu es petit et plus l’autre parait grand, mais même si cette notion existe, la mesure se pose en terme de plus ou moins vieux. Mé-mère paraissait vieille pour l’enfant, parce qu’elle avait les cheveux tout blancs, et qu’elle portait la coiffure surmontée d’un chignon traditionnel dévolues aux vieilles dames., tout au-dessus de sa tête ! Quel âge pouvait bien avoir exactement la dame ?
On eut pu penser quelque chose entre cinquante à soixante ans, sans oser affirmer les choses.
Peut-être moins. Au souvenir elle avait un si joli sourire, et une denture si parfaite !
On l’avait plus ou moins mariée par arrangement, comme cela se faisait souvent dans les campagnes autrefois et plus précisément dans les fermes.
Le garçon choisi, nommé Alfred, était de son métier sabotier. Nul, n’avait jamais su qu’ainsi les choses étant, la dame avait sagement et dignement subi son sort toute sa vie durant.
Et en tous les cas jusqu’à la disparition de son époux, sans que nul ne se soit jamais douté de son amour de jeunesse contrarié.. Le couple servait de concierges, et d’homme et ferme à tout faire de Madame la veuve de Monsieur le Maire, qui habitait au plus près, dans une superbe maison de maître, aux murs en pierres jointées, et partiellement recouverts de vigne vierge. Alfred portait l’herbe pour les lapins, et se livrait aux tâches du jardin, tandis que Mémère, faisait le ménage et quelques petites corvées utilitaires courantes.
Le reste du temps en leur petit logis baillé en échange par la « patronne », Alfred occupait son petit atelier de sabotier, et Mé-mère faisait de la couture pour les dames des environs. Elle portait toujours un gentil petit tablier à volant confectionné par ses soins sur une blouse campagnarde aux motifs à poix ou à carreaux, en coloris sobres. Elle était toujours tirée à quatre épingles.
En matinée elle faisait briller sa cuisine et préparait la soupe aux choux et à la couenne de lard. Il y avait dans sa cuisine toujours pendu au robinet dans une sorte de tissu filtre du lait caillé ou broussé qui égouttait son petit lait pour servir de fromage du soir. L’échoppe du sabotier fleurait bon le bois creusé, et les vernis qu’il utilisait pour vernir les sabots et fixer les décors tracés et creusés à la gouge, qu’ ’il exécutait pour les personnaliser. On n’avait jamais su, si Alfred comptait fièrement ses sabots mais il était certain qu’il en était fier.
Les gens emmitouflaient leurs pieds dans des chaussettes tricotées mains, surmontées de chaussons pour évoluer à l’intérieur des maisons, et ainsi chaussaient les sabots lorsqu’ils devaient sortir dans les cours de fermes souvent boueuses.
Alfred dressait ses fabrications sur une étagère et les contemplait en artiste satisfait de ses créations. On eut pu dire, que rien, jamais ne viendrait perturber la vie un peu monotone de ces gens si quotidiennement tranquilles.
Sauf sans doute la petite fille à eux confiée par ma maman Pas même la guerre, qui s’était déroulée tout du long, sans presque, qu’ils ne s’en aperçoivent. Ils avaient vécu cet épisode en spectateur, seul le cochon prénommé « Adolphe », pouvait laisser penser qu’ils avaient le cœur français. Nul, n’avait jamais su, si elle chérissait Alfred un peu, le respectait, ou si le regardant elle ne louchait pas en le traitant intimement de renard ou de chat huant à la vilaine moustache! Cette vie, avait pu être décourageante, elle ne s’en était jamais plainte ouvertement, et n’avait jamais proféré une parole plus haute que l’autre. Elle était parfois un peu commère, mais pas plus qu’il ne fallait, concernant les gens du village. Mais qui ne l’était pas. Le commérage était vraiment la seule distraction possible. Le climat était rude aux saisons hivernales, il pouvait pleuvoir à torrent en automne, et l’hiver venait vite. Se lever dans les petits matins sous la bise, par des températures basses en dessous de zéro, était chose courante. Elle avait tout du long gardé dans le four de sa cuisinière la brique chaude qu’elle mettait dans le lit commun pour réchauffer les draps le soir, et elle avait donné tous les matins trois claques à l’édredon en duvet paré de sa housse de dentelle pour que le lit soit bien fait. Tout semblait avoir été écrit d’avance, même le fait de n’avoir pas eu d’enfants. Bizarrement, ce n’était ni gai, ni triste ! Juste quotidien. On a dit, cependant qu’après la disparition d’Alfred, elle avait retrouvé l’amour de sa vie, conservé tout ce temps au fond de son cœur, et qu’elle avait fini ses jours dans le plus grand des bonheurs.

 

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